La protection des Canadiens contre la COVID-19 : comment nous en sortons-nous?

Une enquête sérologique mesure les anticorps dans un groupe, un peu comme un thermomètre mesure la température extérieure. Le thermomètre est utile, mais pour bien comprendre la température ressentie, une formule ou un modèle est utilisé pour combiner les lectures de température à d’autres données environnementales, comme le vent pendant l’hiver et l’humidité pendant l’été. Dans le cas des enquêtes sérologiques, le GTIC a mis au point un modèle statistique pour combiner les résultats des anticorps à d’autres données épidémiologiques, telles que les cas confirmés et la couverture vaccinale, et ainsi recenser le nombre de Canadiens protégés contre la COVID-19.

La modélisation du GTIC fait appel aux résultats des enquêtes sérologiques financées par le GTIC et des enquêtes sérologiques publiées. Ces travaux sont réalisés en étroite collaboration avec SeroTracker, qui répertorie les enquêtes sérologiques publiées et joue un rôle central en matière de modélisation. Bon nombre des résultats de l’enquête sérologique utilisés pour la modélisation proviennent de la Société canadienne du sang (voir le détail de la méthodologie et des données ci-dessous).

Janvier 2022 | Le déclin naturel des anticorps réduit l’immunité contre l’infection, ce qui renforce l’importance de la vaccination

Dans le cadre de leur analyse mensuelle, les chercheurs ont modélisé les effets du déclin des anticorps, ou séroréversion, pour tenir compte de la diminution naturelle des anticorps qui se produit au fil du temps. Selon leurs calculs, extrapolés des recherches les plus récentes sur la période précédant le déclin des anticorps, on estimait qu’au 30 novembre 2021, un Canadien sur 21 (4,7 %) possédait encore des anticorps détectables découlant d’une infection antérieure. Cette proportion variait entre un faible taux de un cas sur 69 habitants (1,5 %) dans les provinces de l’Atlantique et un taux élevé de un cas sur 13 habitants (7,7 %) en Alberta. Ces données ont été amassées avant l’exposition généralisée au variant omicron.

Notamment, cette estimation de la séroprévalence est plus faible que celle du mois précédent (7,8 %), qui n’intégrait pas les taux de séroréversion, ce qui laisse supposer que le déclin des anticorps a un profond effet sur l’accumulation des anticorps. Puisque c’est le cas, il est évident que la vaccination est incontournable pour accroître le taux d’immunité au sein de la population.

Deux fois plus d’infections par la COVID-19 déclarées au Canada

Cette prise en compte de la séroréversion a également permis d’évaluer le nombre de véritables infections dans la population avant l’arrivée du variant omicron. Les chercheurs ont présumé que la séroprévalence découlant de l’infection était apparue à cause d’une infection contractée au maximum sept à dix jours avant la tenue de l’enquête sérologique. Même si 1,8 million de cas de la COVID-19 avaient été déclarés au 21 novembre 2021, les évaluations tirées de la modélisation indiquaient qu’il y avait eu 3,1 millions d’infections au Canada.

Pour leur analyse, les chercheurs ont combiné les résultats de prévalence de 35 études détenant des données sur les cas confirmés d’infection par le SRAS-CoV-2 pour déterminer la proportion de Canadiens infectés par la COVID-19.

Combien de Canadiens possèdent des anticorps anti-SRAS-CoV-2?

7.8%

Proportion estimée de Canadiens qui ont des anticorps, sans tenir compte du déclin d’anticorps

4.7%

Proportion estimée de Canadiens qui ont des anticorps, en tenant compte du déclin d’anticorps

1.8 million

Nombre de cas signalés

3.1 million

Estimation du nombre
réel d’infections

Une baisse de la séroprévalence découlant de l’infection au Canada, à cause du déclin des anticorps

Compte tenu du déclin des anticorps, environ 4,7 % des Canadiens possèdent des anticorps anti-SRAS-CoV-2 découlant d’une infection antérieure par la COVID-19. Ces données s’opposent à l’estimation non corrigée obtenue auparavant, selon laquelle 7,8 % des Canadiens détenaient des anticorps anti-SRAS-CoV-2 à la fin de novembre 2021.

Plus tôt au cours de la pandémie, , n’avait pas d’effet marqué sur les estimations de la séroprévalence au Canada. Chez les personnes qui avaient été infectées par le SRAS-CoV-2, le taux d’anticorps persistait plusieurs mois. Cependant, la pandémie a évolué et, en avril 2021, la prévalence des anticorps découlant de l’infection a commencé à plafonner, puis s’est mise à diminuer en juillet 2021. D’après ces résultats, il est important de tenir compte de la séroréversion au moment de mesurer le taux d’anticorps découlant de l’infection.

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Cas confirmés Séroprévalence estimée


L’augmentation des infections chez les Canadiens au fil du temps

Lorsqu’il est effectué dans les mois suivant immédiatement l’infection, le dépistage des anticorps permet de déceler pratiquement toutes les personnes qui ont déjà été infectées par le SRAS-CoV-2. En revanche, les cas de COVID-19 sont généralement confirmés seulement chez les personnes symptomatiques, qui représentent une fraction de toutes les infections. Par conséquent, on peut constater une différence entre les cas confirmés et les véritables infections. L’estimation des véritables infections a augmenté régulièrement au fil du temps, tout comme le nombre de cas confirmés. Cependant, le nombre d’infections estimatives a augmenté plus rapidement en raison de l’accumulation des cas légers ou asymptomatiques, qui ne font généralement pas l’objet d’un dépistage. Cette situation a entraîné une augmentation constante du nombre d’infections non dépistées.

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Cas confirmés Séroprévalence estimée

La séroprévalence causée par l’infection et le nombre estimatif de véritables infections, par province

L’épidémie a déferlé par vagues sur le Canada et a frappé les diverses provinces (ou régions) à différents moments. Les tableaux suivants exposent ce phénomène et démontrent le classement des provinces en fonction de la séroprévalence causée par l’infection (premier tableau) et du total des véritables infections (deuxième tableau) au fil du temps.

À la fin de novembre 2021, l’Alberta et le Manitoba présentaient le nombre le plus élevé de véritables infections estimatives sur 100 000 habitants, de même que la plus forte proportion de la population possédant des anticorps anti-SRAS-CoV-2 causés par l’infection. En général, la séroprévalence et les infections estimatives étaient comparables entre les provinces.

Le nombre total de cas au fil du temps explique les différences régionales quant au nombre d’infections estimatives à jour. Le nombre le plus élevé de cas per capita a été observé en Alberta et en Saskatchewan et le plus faible, dans les provinces de l’Atlantique et les Territoires (données de séroprévalence anti-N non disponibles). L’ampleur des cas non recensés peut être déduite par la barre de couleur de droite. L’Alberta et la Saskatchewan étaient les provinces où les véritables infections étaient les plus sous-estimées.

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Cas confirmés par 100 000 Nombre estimé de personnes ayant des
anticorps dus à des infections pour 100 000

Information contextuelle

Pourquoi les enquêtes sérologiques sont-elles importantes?

Les enquêtes sérologiques sur le SRAS-CoV-2 visent à estimer la proportion de la population qui possède des anticorps anti-SRAS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19. La présence d’anticorps anti-SRAS-CoV-2 est fortement corrélée avec une protection contre une COVID-19 grave. Lorsqu’une très forte proportion de la population possède des anticorps, le virus se répand beaucoup plus lentement. Cependant, d’après les données de séroprévalence récentes, la séroréversion ou l’immunité limitée contre les nouveaux variants, il n’est peut-être pas possible de vacciner une assez forte proportion de la population canadienne pour bloquer la transmission du SRAS-CoV-2 avec efficacité, comme on l’a fait pour les autres maladies infectieuses évitables par la vaccination.

Comment savoir si les gens possèdent des anticorps conférés par l’infection ou par la vaccination?

Les enquêtes sérologiques peuvent mesurer à faible coût la présence de divers types d’anticorps anti-SRAS-CoV-2 auprès de vastes groupes de population. L’infection par le SRAS-CoV-2 et les vaccins contre la COVID-19 les plus utilisés au Canada stimulent l’organisme à produire des anticorps contre la protéine spiculaire du virus (abrégée par le terme anti-S). L’infection déclenche également la formation d’anticorps contre la nucléocapside du virus (abrégé par le terme anti-N).

Même si la présence d’anticorps anti-S et anti-N ne semble pas conférer une meilleure protection que les anticorps anti-S seuls, elle permet aux chercheurs de mesurer si les participants à l’étude ont déjà été atteints de la COVID-19, en général trois semaines ou plus avant le dépistage. Voir la foire aux questions pour en savoir plus.

Qualificatif lié aux anticorps Interprétation
anti-S seuls Anticorps conférés par la vaccination
anti-S et anti-N Anticorps induits par l’infection

Comment le GTIC estime-t-il la séroprévalence?

Puisque les Canadiens ne peuvent ou ne veulent pas tous donner de fréquents échantillons de sang (par une piqûre au doigt, par exemple), il faut accumuler l’information de nombreuses sources pour estimer la séroprévalence.

  • Le GTIC utilise les enquêtes sérologiques des groupes de recherche qu’il finance et celles colligées par SeroTracker, qui incluent les données de Statistique Canada et de la Société canadienne du sang.
  • Les cas et les données de dépistage proviennent du Covid19 Canada Open Data Working Group.
  • La corrélation entre la séroprévalence et les cas totaux déclarés jusqu’à une semaine avant le point médian d’une période d’échantillonnage est utilisée dans chaque région pour harmoniser et élargir l’information fournie par les enquêtes sérologiques.

Pour en savoir plus sur les sources des données et les méthodes statistiques, consulter les rapports techniques.