Séroprévalence du SRAS‐CoV‐2 chez les donneurs de sang après la première vague de COVID‐19 au Canada

Depuis mai 2020, la Société canadienne du sang mène chaque mois une étude à l’échelle nationale visant à détecter les anticorps qui reconnaissent le SRAS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19.  Ces études de séroprévalence chez les donneurs de sang ont pour objectif de connaître le pourcentage de personnes au Canada qui sont porteuses d’anticorps contre le SRAS-CoV-2 et de surveiller l’évolution de ce pourcentage au fil du temps. Ces travaux ont été financés par le gouvernement du Canada, par l’intermédiaire du Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19 (GTIC).

Renseignements sur le dépistage d’anticorps dans des échantillons de sang :
Quand une personne donne du sang au Canada, on analyse une petite quantité du sang donné pour déterminer le groupe sanguin du donneur et dépister certaines maladies infectieuses, afin de s’assurer que le sang peut être utilisé de façon sécuritaire. On demande également à chaque donneur de sang son consentement pour analyser son échantillon sanguin afin de détecter la présence d’anticorps contre le SRAS-CoV-2. Ces analyses sérologiques ne permettent pas de savoir si une personne est actuellement infectée par le SRAS-CoV-2, mais plutôt si une personne est porteuse des anticorps à la suite d’une infection antérieure ou d’une vaccination.

Une séroprévalence du SRAS-CoV-2 globalement faible au début de la pandémie au Canada

Les résultats de la première étude, effectuée entre le 9 mai et le 21 juillet 2020, qui ont été publiés dans la revue scientifique Transfusion, sont fondés sur l’analyse de près de 75 000 échantillons de sang prélevés dans tous les centres de collecte de la Société canadienne du sang (sauf au Québec et dans les territoires). Les résultats ont été stratifiés par région, par âge, par genre, par race ou ethnicité et par groupe sanguin. Au total, 552 des 74 642 donneurs dont les échantillons sanguins ont été analysés présentaient des anticorps détectables, ce qui représente un taux de séroprévalence ajusté de 7,7 par 1 000 donneurs. La prévalence variait selon la région, mais est demeurée stable pendant la période de 10 semaines visée par l’étude. C’est l’Ontario qui présentait le taux de séroprévalence le plus élevé, soit 8,8 par 1 000 donneurs, ce qui correspond presque au double de la région atlantique, où l’on a constaté un taux de 4,5 par 1 000 donneurs. La probabilité d’un résultat positif était plus élevée chez les donneurs s’identifiant comme appartenant à une minorité ethnique que chez les donneurs caucasiens.

Il est nécessaire de réaliser des études de séroprévalence de façon continue pour déceler les tendances dynamiques et surveiller les taux d’infection globaux, notamment les cas asymptomatiques.

Idéalement, un échantillonnage aléatoire au sein de la population générale produirait les résultats les plus fiables, mais ces types d’études exigent une longue planification et peuvent coûter cher. Les services de collecte de sang du monde entier ont été mis à contribution pour effectuer des études de séroprévalence chez les donneurs de sang, afin d’obtenir des données qui servent à élaborer des politiques de santé publique. Quand la pandémie de COVID-19 a frappé, le système de collecte de sang du Canada est devenu la première ressource utilisée pour trouver des signes d’infection et d’immunité au sein de la population canadienne. En effet, les centres de collecte arrivent à générer rapidement des renseignements fiables sur les tendances relatives à certaines maladies, grâce à leurs infrastructures, à leur expérience, à leur expertise et à un ensemble de donneurs raisonnablement représentatif de la population des Canadiens en santé de 17 ans à environ 60 ans.

Le recours aux services de collecte de sang présente tout de même certaines limites, la principale étant que les personnes qui donnent du sang pourraient ne pas représenter de façon précise la population générale. Puisqu’il s’agit souvent de personnes adultes en bonne santé et qui ne sont pas enceintes, certains groupes peuvent être sous-représentés, dont les jeunes adultes et les personnes appartenant à certains groupes raciaux et ethniques. De plus, toute personne n’ayant pas atteint l’âge légal pour donner du sang ou qui vit en institution est exclue. Cependant, les résultats rapportés par la Société canadienne du sang sont conformes aux estimations de séroprévalence obtenues à partir d’échantillons sériques résiduels anonymisés provenant de réseaux de laboratoires externes. Par exemple, une petite étude dans la région du Grand Vancouver portant sur des échantillons de sang d’enfants et d’adultes prélevés en mai 2020 a révélé un taux de séroprévalence de 6 par 1 000 échantillons.

Interpréter les résultats d’études de séroprévalence fondées sur le dépistage d’anticorps

En interprétant les résultats d’une étude de séroprévalence, il faut tenir compte de certaines des limites de ce type d’étude :

  • Le résultat d’un test de dépistage d’anticorps peut parfois être positif même chez une personne qui n’a jamais été infectée par le SRAS-CoV-2. C’est ce que l’on appelle un faux positif, ce qui peut laisser supposer que le nombre de personnes infectées est plus élevé qu’il ne l’est réellement. Cela se produit plus souvent lorsque l’on analyse les résultats dans une région où les taux d’infection sont plus bas.
  • Il est possible qu’une personne qui a été infectée par le SRAS-CoV-2 ne présente pas d’anticorps détectables. Pendant un certain temps, juste après le début de l’infection, les anticorps ne sont pas détectables. En général, une personne présente assez d’anticorps pour permettre leur détection d’une à trois semaines après avoir contracté l’infection. En outre, il a été démontré que les taux d’anticorps diminuent avec le temps. Cela laisse donc supposer que le nombre de personnes infectées est inférieur à ce qu’il est en réalité.

Pour lire le manuscrit approuvé aux fins de publication : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/trf.16296