Le risque de décès causés par la COVID-19 s’élève à 25 % chez les patients en hémodialyse, une proportion beaucoup plus élevée que dans la population générale. Le système immunitaire déprimé des patients en hémodialyse est l’une des raisons qui expliquent ce phénomène. Puisque les patients en hémodialyse ne faisaient pas partie des études cliniques de Pfizer-BioNTech, on ne sait pas s’ils acquièrent une forte réponse immunitaire après la vaccination. Dans un récent article du Journal de l’Association médicale canadienne (JAMC), le Pr Andrés Finzi, un chercheur de l’Université de Montréal financé par le GTIC, et la Dre Rita Suri, l’auteure principale de l’Université McGill, épaulés par une équipe de chercheurs, révèlent une réponse limitée des anticorps après la première dose du vaccin de Pfizer-BioNTech chez les patients en hémodialyse par rapport à celle des sujets témoins en santé. L’équipe suivra ces sujets pour déterminer si leur réponse immunitaire s’améliore après la seconde dose.

 

Faits saillants

  • Les patients en hémodialyse qui ont déjà été infectés par le SRAS-CoV-2 possédaient beaucoup moins d’anticorps après la vaccination qu’un groupe témoin de travailleurs de la santé (non en hémodialyse). Les taux d’anticorps étaient également plus faibles que ceux du plasma de convalescents prélevés chez des patients en hémodialyse qui avaient survécu à une infection naturelle par la COVID-19.
  • Les patients en hémodialyse ayant déjà souffert de la COVID-19 ont accumulé des taux d’anticorps semblables à ceux des sujets témoins huit semaines après la vaccination.
  • Les chercheurs recommandent que la seconde dose du vaccin de Pfizer soit administrée au bout de trois semaines aux patients en hémodialyse, conformément à l’intervalle recommandé par le fabricant.

 

Les patients en hémodialyse (n=154) ont été recrutés par l’entremise de l’étude sur la COVID-19 du Réseau rénal québécois. Des patients qui avaient souffert ou non d’une infection démontrée par le SRAS-CoV-2 y ont été inclus. De plus, 40 professionnels de la santé, infectés ou non par le SRAS-CoV-2 antérieurement, ont été recrutés à titre de sujets témoins. Des prélèvements de sang obtenus auprès de patients en hémodialyse qui s’étaient rétablis de la COVID-19 (non vaccinés) ont également servi d’échantillons témoins. Les chercheurs souhaitaient déterminer les différences entre les réponses des anticorps des divers groupes après une seule dose du vaccin de Pfizer.

Chez les patients en hémodialyse qui n’avaient pas été infectés par le SRAS-CoV-2 auparavant, les chercheurs ont observé des taux d’anticorps considérablement plus faibles contre le SRAS-CoV-2 au bout de quatre et de huit semaines après la vaccination que dans les deux groupes témoins, c’est-à-dire les travailleurs de la santé trois semaines après la vaccination et les patients en hémodialyse qui s’étaient rétablis de la COVID-19.

Les patients en hémodialyse qui avaient été infectés par le SRAS-CoV-2 auparavant possédaient des taux d’anticorps considérablement plus faibles quatre semaines après la vaccination que les travailleurs de la santé qui avaient été infectés par le SRAS-CoV-2 trois semaines auparavant. Cependant, les taux d’anticorps des patients en hémodialyse qui avaient été infectés, puis vaccinés, n’étaient pas tellement différents de ceux observés dans les prélèvements de sang des patients en hémodialyse rétablis de la COVID-19 (l’autre groupe témoin non vacciné). Huit semaines après la vaccination, les patients en hémodialyse qui avaient été infectés auparavant possédaient des taux d’anticorps semblables à ceux des travailleurs de la santé qui avaient été infectés, avaient été vaccinés trois semaines auparavant et faisaient office de sujets témoins.

Somme toute, cette étude démontre qu’une seule dose du vaccin de Pfizer ne réussira probablement pas à conférer une réponse suffisante des anticorps chez la plupart des patients en hémodialyse qui n’ont pas été infectés par le SRAS-CoV-2 auparavant. Chez ceux qui l’ont déjà été, le vaccin déclenchait une réponse des anticorps, mais tardivement. Les chercheurs de cette étude recommandent donc que la seconde dose du vaccin de Pfizer soit administrée aux patients en hémodialyse selon l’intervalle de trois semaines suggéré.

D’après ces résultats, qui ont été prépubliés le 1er avril 2021, les autorités sanitaires du Québec et de l’Ontario ont recommandé de réduire de seize à quatre semaines l’intervalle entre les doses de vaccin chez tous les patients en hémodialyse. Ces observations ont ensuite été confirmées dans une prépublication du Dr Hladunewich et par plusieurs membres du GTIC qui font également état d’une piètre réponse des anticorps après la première dose du vaccin chez les patients en hémodialyse.

Cette cohorte fait l’objet d’une étude de suivi longitudinale qui sera essentielle pour déterminer le degré de réponse humorale et cellulaire produite après la vaccination chez les patients en hémodialyse. Ces réponses s’ajoutent à la somme d’information sur la réponse immunitaire, qui ne se limite pas seulement aux anticorps.

 

Goupil R, Benlarbi M, Beaubien-Souligny W, Nadeau-Fredette A-C, Chatterjee D, Goyette G, Gunaratnam L, Lamarche C, Tom A, Finzi A, Suri RS. Short-term antibody response after 1 dose of BNT162b2 vaccine in patients receiving hemodialysis. CMAJ. Le 31 mai 2021;193(22):E793-800. Publication du JAMC en ligne, le 12 mai 2021; medrxiv. Le 1er avril 2021. doi : 10.1503/cmaj.210673.