Par Alexis Palmer-Fluevog

Malgré les énormes avancées réalisées par le milieu scientifique pendant la pandémie, il reste encore une grande lutte à livrer : le combat contre la désinformation. Dans un récent article d’opinion publié dans Nature, le Dr Peter Hotez souligne la menace que représente la désinformation sur les vaccins tout en exhortant les décideurs à agir.

 

Principales conclusions

  • Les Nations Unies et les instances dirigeantes mondiales doivent adopter des démarches directes et ciblées pour démanteler les groupes antivaccination.
  • Pour être efficaces, les efforts pour mettre un terme à la désinformation doivent quitter l’enceinte de la santé publique pour investir ceux de la cybersécurité, du respect des lois, de l’éducation publique et des relations internationales.

 

Avant la pandémie de SRAS-CoV-2, l’Organisation mondiale de la Santé avait reconnu la menace que représentait la réticence envers la vaccination pour la sécurité mondiale. La résurgence de la rougeole en 2019 a rappelé que, sans une couverture vaccinale généralisée et soutenue, il est impossible d’éradiquer les virus. Dans son article, le Dr Hotez démontre que la désinformation et les attaques ciblées contre des chercheurs minent l’évolution de la lutte contre la COVID-19.

Comme l’explique le Dr Hotez, le mouvement antivaccination a gagné en subtilité. Avec l’expansion des plateformes de réseaux sociaux, les campagnes antivaccination propagent la désinformation encore davantage. Ces campagnes sont de mieux en mieux coordonnées et harmonisées et gagnent en influence à mesure qu’elles élargissent leur auditoire.

L’auteur souligne que les militants antivaccination ont utilisé cette période d’incertitude et d’anxiété à leur avantage. Ils ont exploité des questions et des inquiétudes raisonnables pour promouvoir des théories conspirationnistes, exagérer des craintes et saper la crédibilité des leaders scientifiques. La désinformation en rapide expansion sur les vaccins à adénovirus contre la COVID-19 est un exemple du grand danger de leur message. L’auteur explique que la désinformation a entraîné un énorme manque de confiance envers la vaccination dans des pays à faible revenu comme le Cameroun et la République démocratique du Congo, où les gouvernements ont dû refuser les vaccins d’OxfordAstraZeneca à cause de la réticence envers la vaccination. L’Union africaine a complètement interrompu tout nouvel approvisionnement. À cause des lacunes en matière de couverture vaccinale, la propagation de COVID-19 deviendra incontrôlée pendant que les vaccins s’empoussiéreront dans des entrepôts.

Le DHotez prétend que les auteurs de la désinformation doivent être directement dénoncés, d’après une approche multisystémique. Il avance que les agences sanitaires ont adopté une démarche à la fois insuffisante et dangereuse pour réagir aux courants antivaccinaux. Le DHotez exhorte les Nations Unies et les instances dirigeantes mondiales à adopter des approches directes et ciblées pour démanteler les groupes antivaccinaux. Il soutient que, pour être efficaces, les efforts pour mettre un terme à la désinformation doivent quitter l’enceinte de la santé publique pour investir ceux de la cybersécurité, du respect des lois, de l’éducation publique et des relations internationales. Il conclut en recommandant la mise sur pied d’un groupe de travail interinstitutionnel qui relèvera du Secrétaire général des Nations Unies et qui pourra évaluer les pleines répercussions des attaques antivaccinales pour proposer des mesures fermes et équitables.

 

Hotez P. COVID vaccines: time to confront anti-vax aggression. Nature 592(661). 2021 Apr 27. doi: 10.1038/d41586-021-01084-x.