Des scientifiques de l’Université de Montréal, y compris la Dre Cécile Tremblay et deux chercheurs financés par le GTIC, le Dr Daniel Kaufmann et le Pr Andrés Finzi, ont réalisé une étude approfondie sur la réponse immunitaire contre le SRAS-CoV-2 trois semaines après une seule dose du vaccin de Pfizer-BioNTech contre la COVID-19. Ils rendent compte d’une réponse vigoureuse, particulièrement chez les personnes qui ont déjà été infectées par la COVID-19. L’étude, publiée dans Cell Host and Microbe, appuie la stratégie d’espacement des doses en raison de la rareté des vaccins, pour commencer par assurer la vaccination partielle d’une plus forte proportion de la population.

 

Faits saillants

  • Chez les personnes qui n’avaient jamais été exposées au SRAS-COV-2, la capacité de neutralisation des anticorps était faible, mais leur réponse fonctionnelle, élevée.
  • On observait également une réponse immunitaire cellulaire substantielle, provenant surtout des lymphocytes T auxiliaires.
  • La vaccination stimulait la réponse immunitaire des personnes qui avaient été infectées auparavant.

 

Le vaccin de Pfizer-BioNTech contre la COVID-19 fait appel à la technologie de l’ARN messager (ARNm) pour programmer les cellules à fabriquer des protéines spiculaires qui ressemblent à celles du SRAS-CoV-2. Un vaccin efficace doit déclencher une importante production d’anticorps (la réponse immunitaire humorale) contre la protéine spiculaire et son domaine de liaison du récepteur (RBD), et sensibiliser les lymphocytes T spécifiques (leur enseigner; c’est la réponse immunitaire cellulaire). Les réponses immunitaires cellulaires produites par les vaccins sont importantes pour garantir une immunité prolongée et favoriser une riche production d’anticorps. Tant les réponses humorales que cellulaires se produisaient effectivement après la posologie à deux doses administrée à trois semaines d’intervalle dans le cadre des études précoces effectuées par le fabricant. Cependant, en raison de la rareté des vaccins, de nombreuses autorités sanitaires recommandent d’administrer les doses à plus de trois semaines d’intervalle.

Les auteurs de cette étude ont évalué la réponse immunitaire contre le SRAS-CoV-2 trois semaines après la première dose du vaccin. Ils ont comparé les marqueurs immunitaires de 24 personnes qui avaient été infectées par le SRAS-CoV-2 auparavant, et ceux de 24 personnes qui avaient été infectées environ neuf mois plus tôt.

Ils ont observé de faibles taux d’anticorps neutralisants Anticorps qui se lient aux structures de surface d’un agent pathogène, l’empêchant ainsi de pénétrer dans les cellules hôtes pour les infecter. chez les personnes n’ayant jamais été exposées au SRAS-CoV-2, mais d’excellents taux d’anticorps, qui reconnaissaient le spicule entier et le domaine de liaison du récepteur. La vaccination du groupe n’ayant jamais été exposé au SRAS-CoV-2 était associée à des taux d’anticorps comparables à ceux des personnes qui avaient été infectées naturellement, et ce, neuf mois après l’apparition des symptômes. Ces anticorps non neutralisants agissent surtout comme des « signaux de danger », c’est-à-dire qu’ils avertissent le système immunitaire de la présence de l’infection.

Chez les personnes qui avaient des antécédents de COVID-19, une seule dose stimulait à la fois la réponse humorale et la réponse cellulaire. Une réponse immunitaire cellulaire spécifique au SRAS-CoV-2 était observée après la vaccination de personnes exposées ou non à la COVID-19 auparavant, mais elle était plus importante dans le groupe qui avait été exposé. D’après ces résultats, les personnes qui n’avaient jamais été exposées au SRAS-CoV-2 tireraient davantage profit de deux doses du vaccin.

Les auteurs concluent que la vaccination des personnes qui n’avaient jamais été exposées au SRAS-CoV-2 confère une réponse immunitaire humorale et cellulaire semblable à celle observée après une infection naturelle, qui assurait une protection pouvant atteindre 80 % contre la réinfection. Ils appuient l’élargissement de l’intervalle entre la première et la seconde dose des vaccins dans le contexte d’une pénurie vaccinale, afin de maximiser la protection d’une plus forte proportion de la population.

 

Tauzin A, Nayrac M, Benlarbi M, Gong SY, Gasser R, Beaudoin-Bussières G, Brassard N, Laumaea A, Vézina D, Prévost J, Anand SP, Bourassa C, Gendron-Lepage G, Medjahed H, Goyette G, Niessl J, Tastet O, Gokool L, Morrisseau C, Arlotto P, Stamatatos L, McGuire AT, Larochelle C, Uchil P, Lu M, Mothes W, De Serres G, Moreira S, Roger M, Richard J, Martel-Laferrière V, Duerr R, Tremblay C, Kaufmann DE, Finzi A. A single dose of the SARS-CoV-2 vaccine BNT162b2 elicits Fc-mediated antibody effector functions and T-cell responses. Cell Host Microbe. Le 4 juin 2021. doi : 10.1016/j.chom.2021.06.001.