Puisque le SRAS-CoV-2 continue d’être responsable de décès partout dans le monde, il devient crucial de définir les marqueurs moléculaires susceptibles de révéler les personnes à risque contracter une grave COVID-19 et même de mourir. Ces marqueurs pourraient contribuer à déterminer les mesures préventives nécessaires pour améliorer la situation clinique des patients. Dans une récente prépublication qui n’a donc pas encore fait l’objet d’un examen par les pairs, des chercheurs de l’Université de Montréal et du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Montréal financés par le GTIC, soit le Dr Daniel Kaufmann, le Pr Andrés Finzi et le Pr Nicolas Chomont et leurs collaborateurs, ont utilisé les prélèvements de sang de patients hospitalisés à cause de la COVID-19 pour mesurer le virus et divers médiateurs d’immunité. Ils ont découvert que la quantité de virus contenue dans le sang peut contribuer à dépister les patients qui mourront de la COVID-19. Ces travaux ont été financés en partie par le Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19 (GTIC), en collaboration avec les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

 

Selon de nombreuses études, l’âge avancé et des maladies connexes sont des facteurs de risque de grave COVID-19, mais un vaste éventail d’anomalies moléculaires était également associé à une grave infection. Sur le plan clinique, cette constatation complique les choses, car il est nécessaire de disposer d’un ensemble de marqueurs sanguins qui peuvent être utilisés facilement et rapidement pour établir quels sont les patients les plus à risque.

Dans cette étude, les chercheurs ont prélevé des échantillons de sang chez 144 patients hospitalisés, 11 jours après l’apparition des symptômes de COVID-19. Certains étaient dans un état critique et avaient besoin de ventilation, mais d’autres étaient atteints d’une infection moins grave. Des donneurs non infectés ont servi de groupe témoin. L’équipe de recherche a mesuré la quantité d’ARN du SRAS-CoV-2 présente dans le sang, les taux d’anticorps ciblant le virus et les cytokines (de petites protéines qui participent à la signalisation des cellules immunitaires), de même que les marqueurs des lésions tissulaires et pulmonaires, pour établir si ces éléments sont associés à une augmentation de la mortalité. Les patients ont été suivis en clinique 60 jours à compter de l’apparition des symptômes.

Les auteurs ont fait les constatations suivantes :

  • La détection du SRAS-CoV-2 dans le sang était fortement liée à la gravité de la maladie et à la mortalité.
  • Dans l’ensemble, le sang des patients atteints de la COVID-19 contenait des taux élevés de cytokine par rapport au groupe non infecté, ce qui incluait des cytokines pro-inflammatoires, incluant l’interleukine-6, le facteur de stimulation des colonies de granulocytes et de macrophages et le facteur de nécrose tumorale α.
  • La présence de marqueurs de lésions pulmonaires et vasculaires, y compris les récepteurs des produits terminaux de glycation avancée et l’angiopoïétine-2, accroissait la gravité de la maladie. Il a été établi que ces marqueurs étaient corrélés de manière positive avec la quantité de virus présente.
  • Au moyen de dosages anticorps-antigène, ils ont trouvé des taux plus élevés d’anticorps IgM, IgA et IgG du SRAS-CoV-2 que chez les personnes non infectées, mais n’ont remarqué aucune différence entre les groupes de patients dans un état critique et non critique.
  • Une évaluation plus approfondie des anticorps contre le SRAS-CoV-2 a révélé des taux plus élevés d’anticorps IgG et des anticorps participant aux fonctions effectrices à médiation Fc, ce qui est associé à un meilleur taux de survie.

Les chercheurs ont recouru à la modélisation pour mesurer chacun des biomarqueurs repérés et déterminer s’ils pouvaient prédire la mortalité. Ils ont déterminé que la quantité du virus, certains marqueurs de lésion tissulaire et les taux de cytokines étaient reliés à une augmentation du risque de mortalité. Fait intéressant, 11 jours après l’apparition des symptômes, la combinaison de la quantité de matériel générique viral (ARNv), de l’âge et du sexe était importante pour déterminer qui mourrait de la COVID-19.

Ensemble, ces observations indiquent que la mesure de la quantité d’ARNv dans le sang peut contribuer à dépister les patients à haut risque de mourir, ce qui fait ressortir l’importance de solides traitements et suivis médicaux.

 

Brunet-Ratnasingham E, Anand SP, Gantner P, Moquin-Beaudry G, Dyachenko A, Brassard N, Beaudoin-Bussières G, Pagliuzza A, Gasser R, Benlarbi M, Point F, Prévost J, Laumaea A, Niessl J, Nayrac M, Sannier G, Boutin M, Descôteux-Dinelle J, Gendron-Lepage G, Goyette G, Bourassa C, Medjahed H, Orban C, Butler-Laporte G, Morrison D, Zhou S, Nakanishi T, Laurent L, Richard J, Dubé M, Fromentin R, Rébillard R-M, Arbour N, Prat A, Larochelle C, Durand M, Richards JB, Chassé M, Tétreault M, Chomont N, Finzi A, Kaufmann DE. Integrated immunovirological profiling validates plasma SARS-CoV-2 RNA as an early predictor of COVID-19 mortality. medRxiv. Le 20 mars 2021. doi: 10.1101/2021.03.18.21253907